Pierres de Rêves : le blog d'Emmanuel GLEYZE

« Reste à étudier la nature des pierres, domaine où se manifeste le mieux la folie des mœurs humaines... » Pline L'Ancien, Histoire naturelle.

Le diamant : l’indomptable

Indomptable ? Seul le diamant peut rayer le diamant disait-on, à la fois pierre la plus dure, mais fragile (il ne résiste pas au feu), le diamant fascine notamment par son éclat… Cet article parcourt l’histoire du diamant jusqu’à son ethnographie contemporaine, bonne lecture !

Exposition de diamants au Deutsches Edelsteinmuseum (visite du 25 mai 2006) de la ville d’Idar-Oberstein en Allemagne, 2006, photo : E. Gleyze

Pourquoi tant de fascination pour l’adamas ? « Du mot grec signifiant “pierre dure” et par extension “indomptable”. C’est ainsi que l’on nomme le diamant dans les plus anciennes descriptions. » Sa dureté fixera le maximum de l’échelle de dureté de l’ensemble des pierres. Il est dit que seul le diamant raye le diamant. La première occurrence de ce mot se trouve chez Hésiode, au VIIIe siècle avant J.-C., mais il désignera à l’époque, ainsi que pendant les huit siècles qui suivent, le fer ! Avant de devenir le diamant chez Pline L’Ancien. « Ce mot a donné l’adjectif adamantin, qui est relatif au diamant. Par exemple : éclat adamantin, dureté adamantine » (Hubert Bari, Violaine Sautter [sous la direction de], DiamantsAu cœur…, p. 344).

Un histoire sinueuse…

Pour commencer, il faut rappeler que l’unique producteur de diamants, de l’Antiquité au XVIIIesiècle européen, est l’Inde.[1]C’est elle qui en fait la pierre reine d’entre les pierres, le bien terrestre suprême. Ses capacités magiques, mythologiques et sa dureté sont reconnues depuis longtemps dans ce pays, et c’est sans doute par leurs entremises que l’Inde commercialise le diamant dans le monde romain (ibidem, p. 16). Le christianisme n’adhérera pas vraiment à ces croyances, elles perdront donc en substance, si bien que dans le Moyen Âge chrétien, le diamant obtient tout juste une place honorable (la dix-septième !) dans la hiérarchie des pierres précieuses des lapidaires, grâce d’ailleurs à l’influence toujours présente de Pline L’Ancien.[2]

L’Europe et le diamant

Il faudra attendre l’amélioration des techniques de taille à la fin du XVesiècle en Europe, pour voir éclore le diamant progressivement, comme la pierre précieuse par excellence, dans toute sa magnificence (et surtout son éclat !). Le commerce européen s’établira d’abord par le monopole de Venise au XIIIesiècle, comme un passage obligé entre l’Orient et l’Occident, l’hégémonie se déplaçant ensuite vers Lisbonne (depuis que Vasco de Gama, en 1498, ouvre une première liaison maritime directe avec l’Inde), remplaçant alors l’axe Venise-Bruges, par l’axe Lisbonne-Anvers, à partir du XVIesiècle (idem, p. 29-31). Anvers partagera ensuite une part de son monopole avec Amsterdam dès le milieu du XVIIesiècle, la Hollande voulant gagner en autonomie (idem, pp. 36-38). Comme l’explique Godehard Lenzen ensuite, « l’hégémonie que la Hollande s’est assurée sur les mers sera cependant de courte durée. Le XVIIIesiècle n’est pas encore commencé que déjà une troisième métropole voit son étoile grandir : Londres se prépare à entrer dans la course. Ainsi se met en place cette constellation des marchés européens du diamant » (idem, p. 38). En ce qui concerne la production de diamants bruts, l’Inde fera place dès 1730 et jusqu’aux années 1870 au Brésil, avec la découverte presque hasardeuse de gisements diamantifères et à leur rapide mise en exploitation.[3]Dès la fin du XIXesiècle, la production s’amenuisera au Brésil pour laisser place à la découverte de gisements en Afrique du Sud, avec la plus grande concentration d’entreprises que l’on ait jamais connue jusqu’alors (idem, p. 65). C’est à partir de ces gisements en Afrique et de la place londonienne, que va naître un empire : la De Beers.

La De Beers : organiser la rareté

La mesure & le commerce du diamant

Les deux représentants les plus fameux de la De Beers seront Cecil Rhodes (1853-1902), fondateur de la De Beers, et surtout Ernest Oppenheimer (1880-1957) qui enlève la présidence de la De Beers en 1929, et fonde une dynastie, celle de la famille Oppenheimer et de son hégémonie sur le monde du diamant pour plus d’un siècle.

Comme l’explique Roger Brunet, « le diamant soutient [alors] un empire. Et sans cet empire, probablement ne serait-il plus qu’un quelconque objet de consommation. L’empire a un chef, une organisation, des lois, des territoires, des serviteurs, et même une idéologie, un langage, des habitudes, bref une culture. Cette situation a duré près d’un siècle. À certains égards, elle dure encore. Mais des temps nouveaux succèdent à ce que l’on pourrait considérer comme le Moyen Âge du diamant. »[4]Pourtant ce “Moyen Âge” fut florissant, et s’il y a un point commun de vue entre Cecil Rhodes et Ernest Oppenheimer, c’est bien celui de la très spécifique technique dite “du robinet” : dès 1910, Rhodes écrit que « la seule façon d’augmenter la valeur des diamants est de les rendre rares, c’est-à-dire de réduire la production. »[5]En somme, il faut organiser la rareté, comme le feront merveilleusement les deux hommes. Cette rareté organisée et spécifique du diamant passera aussi par une puissante communication, et par la création de nouveaux besoins chez les consommateurs finaux. Dès 1930, Ernest Oppenheimer a compris que le cercle des “riches”, même avec ses “nouveaux riches”, ne suffira pas à maintenir une bonne continuité à l’empire. De Beers a une quantité importante de petits diamants de bonnes qualités à écouler, et plus que l’Europe, le marché états-unien reste à élargir…

Les diamants sont éternels

Oppenheimer consulte alors une entreprise de publicité aux États-Unis (la firme Ayer), des sociologues et psychologues se mettent alors à l’ouvrage : « On s’est fondé sur des observations qui montraient à la fois à quel point le marché est moutonnier, même en ces domaines, et à quel point Thorsten Veblen avait raison d’insister sur cette idée relativement nouvelle qu’était la “consommation ostentatoire” : celle qui fait que l’on veut montrer aux autres que l’on peut faire aussi bien qu’eux, voire mieux qu’eux, ce qui implique à la fois du mimétisme et de la distinction. Ce n’est certes pas une idée nouvelle : une longue tradition de repas et de noces populaires, ou de cadeaux de fin d’année et de nouvel an, en témoigne dans le monde entier. Mais peut-être la bourgeoisie protestante, économe et peu ostentatoire, l’avait-elle un peu oublié. Pourquoi le monde du diamant n’aurait-il pas tiré parti de ce vieil instinct ? »[6]

Les recherches d’Ayer sont immédiatement rentabilisées, la publicité doit convaincre qu’on ne peut pas ne pas acheter un diamant au moment des fiançailles ; plus le diamant est gros, plus l’amour est grand, bien qu’il n’y ait aucune honte à offrir un petit diamant, l’essentiel étant de le faire selon ses moyens (idem). « Et pour bien faire passer le message, fut inventé, rapidement adopté et immédiatement popularisé en 1946 le fameux slogan A diamond is for ever, un diamant, c’est pour toujours. Ce qui, mieux que dans la traduction française habituelle (“un diamant est éternel”), veut dire à la fois, en jouant sur les mots, que je te fais ce présent “pour toujours”… et que l’objet durera toujours ; en somme, un double placement, pour celui qui l’offre et pour celle qui le reçoit » (idem), explique encore Roger Brunet. L’effort ne se limite pas là évidemment, De Beers financera des articles dans le National Geographic et dans biens d’autres revues, payera des scénaristes de films pour y évoquer des diamants, des écrivains pour écrire des nouvelles, parrainera actrices et tops models, etc.[7] Et lorsque le marché des États-Unis sera saturé on investira au Japon,[8] puis en Chine,[9] un marché qui reste très prometteur.

Le commerce des diamants de sang

Les diamants du sang et les 8 « C »

Le passage à l’an 2000 a été d’ailleurs très florissant, avec de très gros diamants sortis de l’ombre et pour l’occasion : De Beers et ses vassaux rivalisent alors d’ingéniosité dans des créations plus ahurissantes les unes que les autres, tirant par exemple partie de la spectaculaire tentative de vol du Dôme de Londres. Et comme si cela ne suffisait pas (et comme par hasard), les chimistes éliront le diamant « molécule de l’année » ![10]Le passage à l’an 2000 verra les ventes de diamants exploser.

le courant publicitaire est continu, et toujours totalement spectaculaire, comme l’explique par exemple Roger Brunet au sujet des actrices qui portent le diamant, la liste est sans fin : « Kristin Scott-Thomas porte dans le film Gosford park le collier Fontaine (550 diamants, 87 carats)[11]et le bracelet Cosmos (850 diamants), tous deux de 1932 et appartenant à la collection de Coco Chanel. Nicole Kidman, dans le film Moulin Rouge, porte le collier Satine de chez Rosy Blue, qui compte 1308 diamants et vaut un million de dollars. Jean-Paul Goude a présenté une nouvelle collection Chanel intitulée Les Cinq éléments : l’Air est figuré par un collier de 3000 diamants, la Terre par un globe de 1652 diamants montés sur cristal de roche, le Feu par un collier de 348 diamants, l’Eau par un autre collier de 326 diamants et… l’Amour par un collier de 1189 diamants. On a vu sur Jennifer Lopez un collier de 100 carats (un million de dollars), et Whoopi Goldberg elle-même a porté une parure, collier et boucles d’oreilles, de 107 carats et de 15 millions de dollars et, chez Harry Winston en mars 2002, un diamant de 80 carats (6 millions de dollars). Naomi Campbell a exhibé le « collier du Millénaire », estimé à 38 millions de dollars ; c’était à un “gala de charité” de De Beers. »[12]

Les antimondes du diamant

Il y a une sorte de cercle vertueux entre l’actrice évanescente et ses brillants : on vend évidemment du rêve. Mais ce monde mute, et l’empire (avec De Beers pour gérant et un Oppenheimer pour empereur) est sapé dans ses fondements mêmes, dans ce qui faisait sa stabilité et sa particularité depuis plus d’un siècle (ibidem, p. 6). Comme le propose Roger Brunet dans ses analyses, aux “4C” classiques qui faisaient la communication du diamant en terme publicitaire jusque dans le second millénaire, c’est-à-dire le Carat, la Couleur, la Clarté et la Coupe du diamant,[13]s’ajoute maintenant quatre nouveaux “C”, qui révèlent toute l’ampleur des changements du monde du diamant, ceux de la contestation : Confiance, ConflitContrebande et Cachet. Ce monde relativement unifié depuis plus d’un siècle vacille, laissant place progressivement dans ce nouveau millénaire (à partir des années 2000), à une multitude de mondes et d’antimondes[14]du diamant, qu’il a grand peine à dissimuler (idem, p. 251).

Confiance : de nouveaux acteurs sont arrivés dans le monde du diamant, mais aussi des entreprises qui en cachent d’autres, et certains circuits deviennent obscurs (provenance de diamants indéfinie, traitements chimiques et physiques qui les changent discrètement, égarement de diamants synthétiques du côté des joailleries, aventuriers, pirates, trafics d’armes et de diamants), « la profession a dû réagir pour tenter de rassurer ses vertus effarouchées » (idem), qui n’étaient d’ailleurs déjà pas toujours très “vertueuses”. Conflit : avec l’apparition de « diamants du conflit » ou « diamants du sang »[15]qui recouvre une triste réalité, et qui sous-entend le septième “C”, qui lui remonte aux origines du commerce du diamant : la Contrebande. Enfin, Cachet : depuis peu, les professionnels du marché ont découvert tout l’intérêt du marquage du diamant, sa traçabilité en somme, qui donne une légitimité à leur commerce et de nouveaux gages de qualité : « Le diamant a doublé ses 4C, pour le meilleur et pour le pire. Du jeu de ces anciens et nouveaux “C” dépend le sort des mondes pluriels du diamant. »[16]

La De Beers se retire…

La De Beers est devenue une société très privée et s’est retirée des actions pour se mettre à l’abri de plus gros appétits (ibidem, p. 6) : « Le temps n’est plus de cette originale création de l’impérialisme britannique que fut la De Beers, un instrument de la mondialisation bien avant la mondialisation à la mode, un monopole fier de l’être en plein règne des doctrines libérales » (idem, p. 251). On sait maintenant fabriquer des diamants aussi gros et aussi beaux que les naturels, changer les couleurs, les assortir d’un tas d’imitations. L’axe servi par Anvers, entre Londres et l’Afrique du Sud, est maintenant contourné et démultiplié : intrusions de la Russie, de l’Australie, du Canada comme lieux de production au potentiel énorme. Il y a l’apparition également de nouvelles capitales diamantaires, New York, Tel Aviv,[17]Bombay, mais aussi Perth (Australie), Vancouver, Melbourne, Hong Kong, Shangaï… (Idem, p. 251). Enfin de nouveaux acteurs[18] : « D’un côté de grandes sociétés minières, et quantité de petits jeunes aux dents longues, ont fait une intrusion fracassante dans l’ancien empire ; de l’autre, l’industrie du luxe s’y impose en imposant de tout autres méthodes. En Afrique méridionale, il faut faire de la place à ces nouveaux venus que sont les peuples d’origine, jadis sujets coloniaux, maintenant entrepreneurs. Les mœurs changent, toute une culture séculaire est ébranlée. Les communautés fermées des diamantaires voient leurs habitudes remises en cause, et en leur sein même monter de nouvelles puissances. Le calcul financier y passe de la ruse à la raison. Et finalement, en un retentissant fracas, De Beers tourne brutalement le dos à cent ans de pratique, quitte la bourse, renonce à pourvoir à tout, décide de choisir et se met bijoutier » (idem, pp. 251-252).

Ethnographie des consommateurs

Mais l’interface ne serait pas complète sans les consommateurs, chez qui les pratiques évoluent aussi. Ici, les preuves d’amour et de séduction s’orientent progressivement sur d’autres fétiches et vers d’autres symboles (idem, p. 252). Pourtant d’autres enquêtes (de 1993 à 1995), montrent l’investissement massif d’affects que représente, par exemple, le bijou de famille. Patrizia Ciambelli et Marlène Albert-Llorca ont réalisé en France (dans la région de Toulouse), en Espagne (en pays valencien) et en Italie (surtout dans les villes de Naples et de Rome), une enquête ethnologique qui révèle toute la puissance affective attachée au bijou : « En demandant aux femmes de nous parler de leurs bijoux – où et comment elles les avaient acquis, quand elles les portaient, ce qu’ils représentaient – nous les avons, de fait, invitées (et nous n’en avions pas vraiment conscience au départ) à nous raconter leur “histoire”, à retrouver les événements heureux et malheureux, les amours et les ruptures qui s’inscrivent toujours, d’une manière ou d’une autre, dans le contenu d’un coffret à bijoux. »[19]Un bijou dépend de l’histoire personnelle du porteur, mais aussi de tout un apprentissage qui tourne autour : on ne porte pas un « beau » bijou à n’importe quelle occasion et c’est un apprentissage que de le porter : « Lorsqu’une jeune fille est “formée”, ses tenues le font apparaître en marquant sa taille et en découvrant sa gorge, l’érotisation du corps reposant toujours sur un jeu subtil entre le caché et le dévoilé. La fonction séductrice propre aux bijoux explique également l’émergence des perles – “associées aux sorties, aux fêtes, à des choses qu’on ne ferait pas étant enfant” – et des pierres précieuses. Plus encore que l’or, elles ont la faculté de réfléchir la lumière et ce qui brille attire le regard. C’est peut-être l’une des raisons pour lesquelles les garçons ont plus souvent des bijoux en argent (et presque jamais ornés de pierreries).[20]Le droit acquis par la jeune fille de se montrer et de “briller” s’associe au devoir de rester simple et discrète. Aussi prend-on soin de limiter la taille et le nombre de ses bijoux. Avant son mariage, Carole ne possédait qu’une bague en or ornée d’une perle et de petits brillants et une toute petite broche avec deux perles, un petit éclat de rubis et trois petites feuilles d’acanthe. Elle avait aussi reçu de sa tante, qui le tenait de sa belle-mère, un collier de perles de culture qu’elle ne mettait jamais, jugeant les perles “trop grosses” pour une fille de son âge. Aujourd’hui encore, en dehors des fêtes et des sorties, les jeunes filles affirment mettre peu de bijoux » (idem, pp. 18-19).

Secrets de famille

Aux bijoux sont aussi associés des secrets, au-delà de leur disparition même, et également toute une « joaillerie verbale » : c’est-à-dire qu’un bijou important suscite toujours un discours ou une parole qui l’accompagne ; on retrouve cette dichotomie entre le jeu du silence et de la parole. Plus que cela, le bijou s’inscrit dans une logique de transmission[21]complexe, qui suscite tout à la fois une affectivité, une identité, des histoires familiale et personnelle d’appropriation et de réappropriation, de perte : « Dans une famille italienne immigrée en France, la grand-mère décide de défaire les bijoux reçus de son époux pour récupérer les diamants et les partager entre ses trois petites-filles à qui elle fait faire trois bagues, “en style ancien.” Quant à son petit-fils, elle achètera une bague pour sa fiancée le moment venu. Ces bagues permettent à la fois de conjurer la rupture marquée par le départ du pays d’origine, de pérenniser l’histoire familiale et de souder les liens à l’intérieur de la lignée maternelle » (idem, p. 105). Un bijou n’est donc jamais neutre, et le joaillier-créateur que j’ai pu interroger en décembre 2006 à Montpellier, le dira à sa façon : « J’aime aussi utiliser mes doigts, j’aime créer, c’est mon tempérament qui est comme ça. Mais c’est vrai que la matière, c’est vrai que je me sens privilégié des fois d’avoir… quand un client me confie une belle pierre, déjà je sais que j’ai sa confiance pour l’avoir, et c’est vrai que je fais tout pour répondre à ce qu’on me demande, et c’est ce qui me rend heureux »,[22]et plus avant dans l’entretien : « Et c’est vrai qu’après ce qui rend heureux c’est la satisfaction du client, et on est en attente de la façon dont… Par exemple rendre une bague à quelqu’un, j’attends un peu son avis, j’en ai besoin. Parce que moi j’ai mon idée, mais c’est vrai qu’on a besoin d’un regard extérieur, dans n’importe quel travail je pense. Et je suis en attente de ça, parce que j’aime voir le bijou porté sur la personne pour qui il est destiné, et c’est vrai que ça remet beaucoup de choses à leur place quoi. »[23].

L’histoire du diamant jusqu’à son ornementation est donc complexe, le brillant est donc, finalement, aussi sombre que lumineux…

Vous pouvez aussi consulter mes billets sur le L’Or vert : le jade et l’Orient ancien et mon Interview d’un joaillier à Montpellier


[1]Voir l’article de Godehard Lenzen, « L’Inde : seul pays producteur jusqu’au XVIIIesiècle », inJacques Legrand, Robert Maillard (sous la direction de), Le diamantMythe, magie, réalité, Paris, Éditions Flammarion, 1979, pp. 12-38.   

[2]Godehard Lenzen, p. 16.

[3]Dans le même ouvrage, Jacques Legrand, Robert Maillard (sous la direction de), Le diamantMythe…op. cit., pp. 54-65 (« I. Du mythe à la réalité », pp. 11-86). La légende raconte même que ce serait un certain Sebastino Leme do Prado, qui en 1725 aurait identifié les premiers cailloux. Il aurait reconnu des diamants bruts dans des pierres cristallines dont se servaient les orpailleurs, comme jetons dans des parties de cartes. Ces derniers en avaient d’ailleurs trouvé bien d’autres, mais n’utilisaient dans leur jeu que les plus brillantes (ibidem, p. 54). « Apportées deux ans après à Lisbonne par Bernardino da Fonseca Lobo (…), les pierres [pas celles de la légende, les vraies cette fois !] furent aussitôt envoyées à Amsterdam pour être expertisées. La trouvaille fut rendue publique par la maison royale du Portugal en 1729, sur la base d’un rapport circonstancié du vice-roi Loreço d’Almeida. Par un décret du 8 février 1730, les terrains diamantifères furent déclarés propriétés de la Couronne ; un district spécial fut aussitôt créé, le Serro do Frio (ou Montagne du Froid), et on envoya des troupes pour le garder. La même année, les “laveurs de diamants” fondaient la colonie de Tejuco, qui allait devenir, un siècle plus tard, Diamantina »… (Idem).   


[4]Roger Brunet, Le diamantUn monde…op. cit., p. 57.

[5]Ibidem, p. 66.

[6]Idem, p. 83.

[7]Idem, p. 84. « De Beers a même réussi à se servir de “la Queen”, Elizabeth II, lors de son voyage en Afrique du Sud, Harry Oppenheimer lui offrant ostensiblement un gros diamant devant les télévisions subjuguées » (idem).

[8]Le marché du diamant a été interdit au Japon jusqu’en 1959. De 1967 à 1972, les vagues publicitaires de la De Beers déferlent sur le pays : il est devenu le deuxième acheteur de diamants dans le monde (idem, p. 85). 

[9]La Chine serait à environ 12 milliards de dollars d’achats de bijoux pour l’année 2001, soit le quart des achats des États-Unis et en gros la moitié du Japon, avec un taux de croissance de dix pour cent par an (idem)

[10]Idem, pp. 85-86.

[11]Carat : c’est l’unité de poids du diamant et des autres pierres précieuses, il pèse un cinquième de gramme, soit 0,2 gramme ; à ne pas confondre avec celui de l’or ! Pour plus de détails voir le glossaire (dans l’annexe -C-). 

[12]Roger Brunet, Le diamant…, op. cit., p. 84 (notes de bas de page n° 22). Au cinéma, les James Bond ont souvent servi la promotion du diamant (par ex. dans Les diamants sont éternels), et curieusement Quantum of Solace, sortie en salle en France le 31 octobre 2008, fait plutôt la promotion d’un autre type de pierre : le marbre de Carrare, avec une course-poursuite dès l’entrée de jeu avec une Aston Martin DBS, dans ces carrières ! (Quantum of Solace, Albert R. Broccoli’s Eon Productions, avec Daniel Graig, Columbia Pictures Industries, Édition DVD, 1 heure 40, 2008 pour la version française [visionné par moi au cinéma en novembre 2008]. [D’après l’œuvre de Ian Fleming]). Il y a bien sûr toute une gamme de produits qui se servent aussi de l’éclat du diamant dans la publicité : des poudres à laver pour retrouver l’éclat (diamant) de la vaisselle aux produits cosmétiques… par ex. le Gloss Glam Shine Diamantde l’Oréal Paris lancé en 2009 (le gloss étant un produit américain proche du rouge à lèvres) : « L’Oréal réinvente la brillance (…) ce gloss hydratant, non collant a la brillance du diamant liquide. Découvrez enfin le premier bijou à lèvres » (voir http://www.loreal-paris.fr/maquillage/levres/glam-shine-diamant/165-pink-carat.aspx; visité par moi le 29/07/09) ; avec différentes colories et différents “noms d’oiseaux” : le Gloss 165 Pink Carat, etc.   

[13]On sélectionne dès la sortie de la mine les diamants en fonction de ces trois premiers critères : le poids (Carat), la teinte (Couleur : car tous les diamants ne sont pas incolores) et la pureté (Clarté : parce que beaucoup ont des défauts). En fonction de ces trois critères, les diamants bruts sont sélectionnés : ceux qui sont trop petits ou qui présentent trop de défauts sont orientés vers l’industrie (accompagnés maintenant par les diamants synthétiques) : ils serviront alors aux outillages de découpe de blocs à Carrare (Italie) par exemple, dans l’industrie optique, pour l’outillage médical et chirurgical, ils renforceront mêmes certaines parties des satellites, etc. (idem, pp. 43-45) : c’est la pierre fonctionnelle ; les autres diamants iront vers la joaillerie. (Pour 120 millions de carats extraits dans le monde, 100 partent dans l’industrie, et donc 20 en joaillerie). Enfin la taille du diamant (la Coupe), a moins pour fonction de proposer une forme que d’augmenter la brillance et le feudu diamant, en tout cas pour les spécialistes (idem, p. 29). Ce qui fait la spécificité du diamant est d’abord sa dureté (chose première qu’avaient déjà remarquée les Anciens) : « Les physiciens ont classé les matériaux sur une échelle de dureté proposée par Friedrich Mohs en 1822. Le diamant est au sommet, seul à l’indice 10, que définit sa propre capacité à rayer d’autres matériaux ; les plus dures des pierres fines sont à 7 ou 8, exceptionnellement à 9, la plupart des autres à 5 ou 6, la calcite à 3, le graphite à 0,5. Or les indices sont en progression exponentielle : en fait le diamant est 4 fois plus “dur” que le rubis ou le saphir, 8 fois plus que le topaze. Une échelle plus récente, proposée par Knoop, classe les matériaux de 1000 à 10 000 selon la force requise pour faire des indentations au moyen d’un diamant ; celui-ci est évidemment tout en haut. Aucun matériau ne peut donc même égratigner un diamant : pour le tailler et le polir, il faut utiliser des outils de diamant » (idem, p. 10). Ce que l’on sait moins c’est qu’un bon coup de marteau et il se brise (essayez et vous verrez !), un bel incendie et il brûle et disparaît ; on sculptele jade (ou par abrasion) et l’on façonneun diamant (il existe maintenant des techniques au laser très efficaces). Enfin, il intéresse particulièrement les chimistes : voir par exemple l’entretien que j’ai réalisé avec un Professeur des Universités en chimie organique, jeune retraité résidant l’agglomération montpelliéraine, Le Crès (Hérault, Languedoc-Roussillon, France), rencontre du vendredi 13 octobre 2006.

[14]Antimonde : « L’idée est que tout monde réel, inévitablement et à tout moment sécrète, cache, abrite ou combat de petits mondes qui le nient, l’aident ou le rongent : tout ce qui relève du hors-la-loi-commune, parfois combattu, parfois toléré, parfois même entretenu quand il aide la marche du monde. Cela englobe tout l’interlope et va des zones franches aux quartiers “réservés”, aux mafias ou aux maquis et autres zones dites de “non-droits”. Autant de territoires qui demandent des explorations nouvelles, d’ailleurs de plus en plus fréquentes et pertinentes » (idem, p. 6, notes de bas de page n° 1).  

[15]Le film de Edward Zwick par exemple, Blood Diamand, sortie en France le 31 janvier 2007, et aux États-Unis le 8 décembre 2006, accentue la visibilité mondiale de cette notion de Conflit et de “diamants sales”, par le biais de l’industrie culturelle (visa d’exploitation du film pour le Canada, le Brésil, l’Australie, la Corée du Sud, les Philippines, etc., avec de nombreuses récompenses et nominations). On y voit le trafic d’armes associé à la contrebande du diamant en Sierra Leone (“les diamants de sang”), le film prenant pour cadre la guerre civile dans ce pays, en 1999. Le film est hollywoodien, et l’essentiel de l’intrigue est orienté autour d’un seul diamant brut (de grosse taille, cette pierre sert d’orientation à une bonne partie du film), qui attise toutes les convoitises : la bande d’annonce du film commence d’ailleurs comme cela : « Elle a surgi des entrailles de la Terre… Une pierre si rare… Que l’homme la veut à tout prix… Et quiconque la touche… En a les mains ensanglantées… ». Jean-Pierre Warnier l’explique très bien, la mondialisation culturelle passe aujourd’hui par les industries culturellesqui ont la capacité de démultiplier leurs supports de diffusion à l’échelle planétaire (J.-P. Warnier, La mondialisation de la culture, Paris, La Découverte, coll. « Repères », 2004 [édition originale 1999], pp. 15-16). (J’ai pu voir ce film au cinéma le 22/02/2007, puis en version DVD :réalisateur E. Zwick, avec Leonardo Dicaprio / Jennifer Connelly / Djimon Hounsou, Warner Bros. Pictures, Édition collector double DVD, 143 minutes environ, août 2007 pour la version française). C’est à travers ce genre de diffusion que l’image du diamant s’effrite peu à peu, mais gagne aussi en visibilité. Le documentaire d’investigation qui accompagne le DVD “en bonus”, réalisé par le journaliste Sorious Samura, entraîne le spectateur du conflit en Sierra Leone (pays d’origine du journaliste) jusqu’aux acheteurs de diamants à New York. Sorious Samura achète des diamants dans son pays d’origine et les achemine illégalement jusqu’à des acheteurs à New-York, qui s’empressent de les acquérir, sans en regarder un instant la provenance (titre du documentaire : De la terre au bijoutier, écrit et présenté par Sorious Samura).

[16]Roger Brunet, Le diamant…op. cit., p. 7.    

[17]Dans sa proche banlieue, avec la ville de Ramat Gan, qui consacre quatre gratte-ciel de verre et de béton, reliés entre eux par des passerelles qui forment un quartier de haute sécurité, et consacré en 2002 par le nom de l’un des pionniers du diamant israélien : Moshe Schnitzler(idem, p. 78).

[18]Le livre de Roger Brunet fait place d’ailleurs à un très complet « Dictionnaire des acteurs », avec des détails sur les firmes, les personnages importants, les grandes institutions du diamant, s’y ajoute un grand nombre de précisions (idem, pp. 255-333).

[19]Patrizia Ciambelli, Bijoux à secrets, Paris, Éditions de la Maison des sciences de l’homme / Ministère de la Culture / Mission du Patrimoine ethnologique, coll. « Ethnologie de la France », 2002, p. 5 (et pp. 1-2 pour le détail des terrains). On comprend mieux ici l’autre côté des mondes du bijou, cela n’enlève en rien au fait qu’il y ait aussi des passionnés et de l’affect du côté des producteurs, joailliers, bijoutiers de pierres fines et précieuses… 

[20]Sur cette distinction entre les hommes et les femmes, au sujet du bijou-parure, Patrizia Ciambelli précisera que ce type de bijou est fait pour être vu, parce qu’il doit mettre en valeur celui qui le porte. C’est ce qu’en attendent les femmes, un point de vue esthétique en somme ; les hommes le partagent d’une façon moins importante : ils se contentent de préciser : « C’est beau à voir. » Cette idée, d’une valorisation de l’objet en tant que tel, n’existe presque jamais dans le discours des femmes, comme l’explique Ciambelli : « Les bijoux, pour elles, doivent compléter et singulariser leurs tenues vestimentaires et surtout mettre en valeur le corps. Les boucles d’oreilles “font ressortir les yeux” ; les bagues “exaltent les mains” ; l’or “va bien avec la peau” ; le collier “embellit un cou nu” » (idem, p. 12). 

[21]Transmettre : (du latin transmissio, trajet). Le philosophe (médiologue ?) Régis Debray proposera une comparaison utile et éclairante entre “transmission” et “communication” : « Si la communication est essentiellement un transport dans l’espace, la transmission est essentiellement un transport dans le temps. La première est ponctuelle ou synchronisante, c’est une trame : un réseau de communication relie surtout des contemporains (un émetteur à un récepteur simultanément présents aux deux bouts de la ligne). La seconde est diachronique et cheminante, c’est une trame, plus un drame : elle fait lien entre les morts et les vivants, le plus souvent en l’absence physique des “émetteurs”. Qu’elle ordonne le présent à un passé lumineux ou à un futur salvateur, mythique ou non, une transmission ordonne de l’effectif à du virtuel. Le temps, paramètre extérieur des communications (même si les télécommunications, en surmontant les distances, affectent obligatoirement les délais de vitesse), est ici un critère interne d’appréciation. La communication excelle en abrégeant, la transmission en prolongeant (…). Religion, art, idéologie : les diverses rubriques de la transmission ont en commun de vouloir déjouer l’éphémère en jouant les prolongations – surtout en Occident » (Régis Debray, Transmettre, Paris, Éditions Odile Jacob, coll. « Le champ médiologique », 1997, pp. 17-18). 

[22]Entretien avec un joaillier-créateur rue de l’Argenterie, rencontre du lundi 4 décembre 2006, Montpellier (Hérault, Languedoc-Roussillon, France).  

[23]Idem.


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4 Commentaires

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