Pierres de Rêves : le blog d'Emmanuel GLEYZE

« Reste à étudier la nature des pierres, domaine où se manifeste le mieux la folie des mœurs humaines... » Pline L'Ancien, Histoire naturelle.

Le saviez-vous… comment communiquer avec nos descendants au sujet du nucléaire : la pierre ?

Cuneiform tablet from Arrapha (modern Kirkuk, Iraq)

Une dépêche de l’Agence France-Presse (AFP) en date du mardi 24 juin 2008, soulève la question de la transmission à nos lointains descendants d’une mémoire plurimillénaire, à propos du danger que représentent potentiellement nos déchets nucléaires.[1]

Mise à part la catastrophe écologique que représente le fait d’enfouir ces déchets, la question est aussi sérieuse, puisque on le sait, certains de ces déchets peuvent rester radioactifs pendant des dizaines de milliers d’années. Le communiqué souligne la difficulté de stockage de certains d’entre eux (à “haute activité vie longue”), aujourd’hui entreposés en surface, mais bientôt enfouis dans des couches géologiques profondes dans de nombreux pays comme le Japon, la France, la Finlande ou les États-Unis (ibidem).

La dépêche s’interroge sur le fait que « si différents types de “marqueurs de surface” ont été imaginés, comment s’assurer qu’ils seront correctement interprétés par des générations pour qui nos institutions, nos langues, nos symboles même, n’auront peut-être plus aucun sens ? » (Idem). Comment alors proposer des supports qui permettront à nos lointains descendants de saisir le sens du danger qui les menace en déterrant ces déchets ?

La réponse française : le papier

Aussi les différents services s’occupant de ces enfouissements font de plus en plus appel, au-delà des ingénieurs, à une cohorte de chercheurs spécialistes de la mémoire à long terme (archéologues, anthropologues, sémiologues, historiens, linguistes…) : « Il s’agit d’abord de prévenir les risques d’intrusion humaine potentiellement dangereuse, mais aussi de permettre de retrouver et d’exhumer ces déchets si les progrès scientifiques permettent un jour de les traiter » (idem). Alors qu’en France l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (ANDRA) réfléchit, s’inspirant pour cela des enluminures du Moyen Âge, à un support papier permanent et illustré dont la durée de vie pourrait aller jusqu’à mille ans.

Petroglyphs carved in orange rocks by Navaro at Valley of fire in Nevada state of United State

La réponse américaine : la pierre

La Waste Isolation Pilot Plant (WIPP) installée dans l’État du Nouveau Mexique, propose de graver des messages écrits, symboles et dessins, sur de monumentaux blocs de pierre.[2]L’avis de dangerosité du site sera donc gravé (entre autres supports) en sept langues sur des monuments en granit de vingt tonnes, de plus de sept mètres cinquante de hauteur. Les langues seront l’anglais, l’espagnol, le russe, le français, le chinois, l’arabe et enfin le navajo : le langage le plus local dans la région.[3]

Conclusion

Il est intéressant de noter le choix de ce support par les experts mis à contribution aux États-Unis, au regard de la veille Europe (et dans ce cas précis par la France). On le voit bien, la pierre sert de support à une longue durée, on y grave ici l’essentiel, et même le message vital. Si l’on croise cette initiative américaine et la française, ces deux points de vue vont finalement dans le même sens, avec une association à un temps long, à la nuance près que l’un associe le message au papier, et les autres (les spécialistes américains) à la pierre. Les deux à un à venir

Sic transit gloria mundi (Latin phrase): Thus passes the glory of the world. Human skull as symbol of death and horror on the throne as a metaphor that nothing is eternal. L’image de la mort ne représente pas seulement le danger, mais aussi la vanité, ou encore dans certaines cultures la renaissance…

[1] « Qui se souviendra de nos déchets nucléaires enfouis ? » (Mardi 24 juin 2008). J’ai obtenu cette dépêche à partir du site de l’AFP, qui donne en temps réel beaucoup d’informations de presse sur des domaines très différents : environnement, politique, sport, actualité internationale…

Site Internet pour les archives : http://www.afp.pressedd.com (consulté par mes soins une dernière fois le 25/06/09). 

[2] La Waste Isolation Pilot Plantest un centre de stockage réservé aux déchets d’origine militaire à vie longue, situé dans la commune de Carlsbad, au sud-est du Nouveau-Mexique, qui est exploité depuis 1999 par le Département de l’Énergie des États-Unis (The U.S. Department of Energy).

Voir le site Internet du WIPP : http://www.wipp.energy.gov (consulté par mes soins le 4/08/2008). 

[3] Selon Hillary Mayell, « Nuclear Waste Site Managers Seek “Keep Out” Tactics Good for 10 000 Years », National Geographic News (nationalgeographic.com), du 11 juillet 2002, à partir du site Internet du WIPP (consulté par mes soins le 4/08/2008). 

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