Pierres de Rêves : le blog d'Emmanuel GLEYZE

« Reste à étudier la nature des pierres, domaine où se manifeste le mieux la folie des mœurs humaines... » Pline L'Ancien, Histoire naturelle.

Stabilité & mouvement perpétuel des pierres : l’exemple du Lapis-lazuli

« Le moins que l’on puisse demander à une sculpture, c’est qu’elle ne bouge pas. » 

(Salvador Dali, Les cocus du vieil art moderneFasquelle, 1956) [1]

Ce billet s’ouvre dans une somme de contradictions importantes qui permet la suite de mon investigation des mondes de la pierre : « Rien de plus immédiat et de plus autonome dans la plénitude de sa force, rien de plus noble et de plus terrifiant non plus que le majestueux rocher, le bloc de granit audacieusement dressé. Avant tout, la pierre est. Elle reste toujours elle-même et elle subsiste ; et ce qu’il y a de plus important, elle frappe. Avant même de la saisir pour frapper, l’homme se heurte à elle. Pas nécessairement par son corps mais au moins par son regard. Il constate ainsi sa dureté, sa rudesse, sa puissance », écrira l’historien des religions Mircea Eliade.[2] 

La masse minérale marque par sa présence, sa compacité, sa stabilité et sa fixité. Ce n’est pas un hasard si la pétrification a tant imprégné l’imaginaire occidental,[3] la suite du mythe de Persée et Gorgô illustre parfaitement cette notion de “fixité” totale, que présuppose la pierre : le mythe, dans l’une de ses nombreuses variations, raconte le jour où le géant Atlas accueillit Persée de façon méprisante. Le demi-dieu montra alors la tête de Méduse qui le pétrifia en une montagne qui garde son nom.[4] Vitruve fera de la roche, dans ce tout autre domaine qu’est la technique d’architecture, la base des fondations solides d’un édifice.[5] Des quatre règnes de cette antique classification que sont le règne végétal, minéral, humain et animal, le minéral semble être le moins mouvant de tous, et le plus éloigné des trois autres, c’est d’ailleurs peut-être ce qui en fait un objet difficile d’appréhension pour le sociologue.[6] 

On pourrait multiplier les exemples, les citations, sur la stabilité des pierres, leur compacité et leur fixité, mais cela ne représenterait finalement aucun intérêt, autant que de développer le silence avéré des pierres. Là aussi, il faut passer cette frontière entre les collectifs humains et les collectifs non-humains (de pierres), pour atteindre un autre type d’“effraction”, celui du mouvement des pierres.[7] Soit par le fait que les pierres “poussent”, comme nous l’avons vu précédemment (dans un autre billet sur la controverse sur les origines des pierres), soit peut-être plus empiriquement parce qu’elles voyagent par l’intermédiaire des hommes (des collectifs d’humains le plus souvent, ou à l’aide de machines techniques, et plus rarement par le biais d’un seul individu), et ce phénomène est loin d’être anecdotique.[8]

Mouvements. André Leroi-Gourhan évoque déjà dans ses travaux la question des mouvements de pierres : « Pour les temps plus lointains de l’Âge de Pierre, il serait faux d’imaginer que chaque homme trouvait sous ses pas le caillou propre à devenir une flèche ou un couteau. À de moindres distances et sur une échelle moindre, les conditions étaient déjà comparables à celles de la période des métaux et les derniers groupes vivants qui aient pratiqué la taille de pierre fournissent des témoignages sur lesquels nous allons revenir [A. Leroi-Gourhan pense aux peuples de Mélanésie, à certains autres en Amérique tropicale et chez les Eskimo]. Il n’est guère possible de saisir l’amplitude de cette circulation préhistorique des minéraux : on a trouvé chez nous, au néolithique, des lames de pierre dure dont les gisements connus sont en Extrême-Orient, mais cela ne prouve pas que de tels gisements ne soient un jour découverts en Europe. Par contre, pour deux produits, l’ambre et le silex du Grand-Pressigny, il est difficile de confondre. On sait qu’une partie du premier descendait de la Baltique en France et que le second rayonnait de ses ateliers d’Indre-et-Loire jusqu’en Belgique, en Bretagne et en Suisse. »[9] L’ensemble du chapitre consacré aux minéraux fait sans cesse appel à cette question du mouvement des pierres.[10]

L’exemple du Lapis-lazuli

Des travaux plus récents (publiés en 2002) et dirigés par Jean Guilaine, seront également attentifs à l’étude des réseaux de diffusion des matières.[11] L’exemple du lapis-lazuli reste emblématique : « Le lapis-lazuli est la pierre qui est au centre de l’un des plus anciens réseaux d’échange et de circulation à longue distance. Il présente le plus long des cheminements puisque la pierre d’azur part des montagnes d’Afghanistan, circule en Iran, puis en Mésopotamie, en Syrie, au Levant et se retrouve en Égypte. Le lapis-lazuli est en même temps celle des pierres précieuses dont les fonctions liturgiques, théologiques et politiques comptent parmi les plus complexes et les plus hautement prisées dans les cités-États de l’Orient ancien. Le lapis-lazuli est cette pierre de couleur bleu outremer parsemée de paillettes dorées, rappelant la voûte céleste, qui a fasciné les sociétés humaines pendant plusieurs millénaires. Le lapis-lazuli était la véritable pierre précieuse de l’Orient ancien, signifiant symbolique essentiel des civilisations du Proche-Orient et de l’Égypte, sa possession était un gage de puissance politique et religieuse. Elle reste une pierre symbolique importante dans les sociétés traditionnelles du Proche-Orient où elle est considérée comme un talisman contre le mauvais œil. »[12] 

On trouve cette pierre difficilement dans les zones de haute montagne, « les gisements qui ont pu être exploités dans l’Antiquité se situent à Sar-i Sang dans le Badakhshan (Afghanistan) et dans les Monts de Chaghai (frontière afghano-pakistanaise), soit au moins à 2000 kilomètres des sites archéologiques de Mésopotamie » (ibidem). Michèle Casanova limite volontairement son questionnement à la production et la circulation de cette pierre des origines de son utilisation jusqu’au début du 2emillénaire avant J.-C., et ce dans une zone délimitée à la Syrie, la Mésopotamie et l’Asie centrale, son usage étant en fait beaucoup plus large dans l’Orient ancien (idem, p. 170). L’histoire du Lapis-lazuli débute durant le Néolithique à Mehrgarh (Pakistan), par des découvertes archéologiques de quelques perles. Mais c’est surtout vers la fin du 4e millénaire av. J.-C. – conjointement à un développement des cités et à l’apparition d’une société plus hiérarchisée – que la diffusion de cette pierre s’organise vraiment. La fin du 3e et le 2e millénaires accusent un recul de la production et de sa diffusion, son utilisation reste cependant attestée au 2et 1e millénaires av. J.-C.[13]

A jeweler wearing a head visor magnifier is cutting a lapis lazuli stone with a cutting disc mounted on a flex shaft.

Les tombes du cimetière royal d’Ur

Michèle Casanova prend pour exemple les découvertes des tombes du Cimetière Royal d’Ur (vers 2500-2400 av. J.-C., redécouverte par Woolley entre 1926 et 1931) : « Le site d’Ur en Iraq est célèbre pour les tombes princières qui y furent découvertes, dont la richesse est du même ordre que le tombeau de Toutankhamon en Égypte. La ville commandait une route fluviale et maritime qui la reliait à Mari sur le moyen Euphrate (Syrie) et à Dilmun (actuelle Bahrein) dans le Golfe » (idem, p. 181).

Voici le descriptif qu’elle en fait : « Woolley a qualifié de “Tombes Royales” seize tombes qui se distinguaient du reste du Cimetière Royal en raison de leur richesse, des particularités de leur architecture et de la pratique d’une cérémonie funéraire où l’on sacrifiait des êtres humains. La sépulture est composée d’un couloir d’accès en pente ou dromos, d’une large fosse (où l’on a retrouvé des corps humains, des restes d’animaux, des chariots et divers ustensiles et objets tels que de la vaisselle de pierre ou de métal, des instruments de musique, des coffres à habits, des armes) et d’une chambre funéraire (où l’on déposait le corps “royal” dans un cercueil en bois accompagné de deux ou quatre personnes et d’offrandes variées comme des armes, des vases, des objets de marqueterie). Le nombre de personnes sacrifiées dans une Tombe Royale pouvait varier d’une demi-douzaine à 70 ou 80. Woolley pensait que l’on devait d’abord procéder à l’enterrement du corps principal qui était amené avec des serviteurs et des offrandes dans la chambre funéraire dont on bloquait ensuite l’entrée. Après la fermeture du caveau funéraire, devait avoir lieu la procession de nombreuses personnes : membres de la cour, soldats (…). Quand ils étaient tous rangés devant le caveau funéraire, on devait leur faire absorber une drogue car Woolley n’a pas décelé de signes de violence, et les corps étaient bien ordonnés, paisibles. Les morts étaient couchés ou assis. Woolley suggérait que quelqu’un ait pu venir tuer les animaux et peut-être arranger les corps des sacrifiés » (idem, pp. 182-183).

Les parures se répartissent en fonction du statut social des défunts, la tombe de la reine Pu-abi est la plus saisissante en raison de l’abondance de parures découvertes (selon M. Casanova pas moins de 11 298 items) : « Nous avons un véritable conservatoire de tous les types de décor et de parure qui pouvaient être réalisés avec du lapis-lazuli (bijoux, incrustations). La tombe de la reine Pu-abi représente environ la moitié des objets découverts à Ur et un peu plus du tiers de l’ensemble du Proche-Orient » (idem, p. 183). D’une façon plus générale on peut dire que le lapis-lazuli est un attribut des forces surnaturelles bénéfiques, il symbolise la force de vie primordiale et surnaturelle qui est à l’origine de la génération et de la puissance des différents dieux. Les parures retrouvées sur les princes et les hauts dignitaires de Mésopotamie au 3e et au 2e millénaires semblent accompagner le passage vers le royaume des morts, « la dotation en parures de ces défunts manifeste aussi le souci des princes restés vivants de procurer aux disparus une existence supportable dans le monde d’En-bas et d’éviter leur courroux » (idem, p. 181). 

   L’exemple des découvertes des tombes du Cimetière Royal d’Ur illustre parfaitement la théorie anthropologique que proposera le philosophe et historien Krzysztof Pomian sur les collections d’objets,[14] au sujet d’un autre mouvement possible des pierres, celui entre les mondes visible et invisible. Pomian évoquera le mobilier funéraire, les offrandes, les dons et le butin, les reliques, les objets sacrés et les trésors princiers, comme des exemples de collection (ibidem, pp. 21-27). Les objets servent alors d’intermédiaire entre les mondes visibles (les collectifs d’humains) et les mondes invisibles[15] (les collectifs de non-humains ? Les dieux, les morts, les ancêtres, etc.). Dans sa conférence télédiffusée, Krzysztof Pomian expliquera plus précisément qu’« entre les deux mondes, il y a un échange. Les hommes envoient des objets dans l’invisible [des offrandes, des artefacts funéraires, de la glyptique,[16] etc.], parce qu’ils reçoivent des objets de l’invisible [des météores, des “fossiles”, des coquillages, en fait des signes exceptionnels très rares]. »[17] Lorsque par exemple l’empereur Othon II pratiquera l’exhumation du tombeau de Charlemagne à l’an mille, il découvre ce dernier siégeant sur son trône, avec autour du cou un pendentif monté de deux cabochons de saphir opposés dans de l’or, avec en leur centre une relique de la Sainte-Croix.[18] Il y a donc un autre type de mouvement des pierres (et des autres choses ou objets), sans doute moins géographiquement déterminé, mais dans un jeu incessant entre le visible et l’invisible. 

Il existe aussi des mouvements de pierres à une échelle plus monumentale, comme par exemple le transport des blocs de marbre du Moyen-Âge à la Renaissance, et ce malgré la difficulté des transports, comme l’expose l’historienne Christiane Klapisch-Zuber dans ses analyses à propos de Carrare.[19]  Elles seront suivies par la sociologue Geneviève Marotel, évoquant cette fois – en plus de l’étude de l’historienne et d’une courte évocation des XVIIIe et XIXe – le XXe siècle, par le biais d’une investigation des déplacements migratoires carrarais d’hommes et de matière.[20] Ce mouvement des pierres est l’une des raisons qui a motivé le choix de mon terrain au château de Guédelon (voir mes billets sur Guédelon dans ce blog). Il s’agit d’un chantier qui vise à la construction d’un château fort (et non à sa reconstruction, ni à sa restauration) avec les techniques du XIIIe siècle. On peut y voir la circonvolution des pierres, de la carrière qui est attenante à l’édifice en construction, jusqu’au mur maçonné et à la préparation des liants à base de chaux. La pierre ne cesse de bouger par le biais des actions humaines ou des tractions animales, avant de se fixer définitivement dans le corps de la bâtisse : il est relativement rare d’observer un tel phénomène actuellement et sur une période aussi longue (c’est un projet qui dépasse les vingt années), à une échelle aussi monumentale et sur un espace relativement restreint (un peu plus de 10 hectares), en vase clos : en somme, je propose une étude sociologique d’un chantier essentiellement en pierre et en pleine génération (au sens quasi aristotélicien).  

Les pierres ornementales

Si nous revenons maintenant aux mouvements des blocs de pierre, cette fois à une échelle mondiale, il y a, bien sûr, comme exemple le trafic des roches ornementales[21] : « Les statistiques de Montani (2001) [Carlo Montani, Stone 2001. Repertorio economico mondiale, Gruppo Editoriale Faenza, 2001] permettent de classer les pays selon les mouvements de blocs à travers les frontières. Dans les pays peu développés, les exportations représentent le surplus de blocs non transformés sur place ; la situation est moins simple dans les pays qui se livrent au négoce de blocs, car une partie de ceux-ci est réexportée : le port de Carrare par exemple importe de grandes quantités de blocs étrangers, ils sont transformés en Italie même, ou revendus à d’autres pays en même temps qu’une partie de la production italienne de blocs (par voie maritime ou terrestre). »[22] 

Voici le tableau qui suit ce texte, à partir des statistiques de Montani (2001), et qui donne un aperçu de ce mouvement des roches (ornementales) pour l’année 2000[23] :

Pays exportateurMatériaux bruts(en Millions de tonnes [Mt])Pays importateurMatériaux bruts(Mt)
Chine4.09Italie2.36
Italie3.63Allemagne2.33
Inde2.30Etats-Unis1.81
Espagne2.03Chine1.74
Portugal1.21Japon1.73
Brésil1.08Taiwan1.47
Afrique du Sud0.96France1.08
Turquie0.66Espagne0.84
Allemagne0.41Suisse0.45
Finlande0.33Corée du Sud0.44
Grèce0.33Grande Bretagne0.34
Norvège0.30Canada0.19
France0.24Singapour0.16

Tableau 1. Mouvements des roches ornementales dans le monde en 2000. Source : Chiffres de Montani (2001), à partir de R. Perrier, Les roches ornementales, Ternay (France), Éditions Pro Roc, 2004, p. 17.

Des monuments entiers “se déplacent” également, d’une rive à l’autre pour certains, et même de continents à continents pour d’autres ! Il y a l’exemple des temples d’Abou Simbel en Égypte, surélevés de 64 mètres par rapport à leur lieu d’édification originelle, et qui sont devenus très vite les interventions emblématiques des causes défendues par l’UNESCO et de son patrimoine mondial. Les temples d’Abou Simbel (mais aussi de Philae) furent entièrement découpés, déplacés puis réassemblés à l’abri des eaux appelées par la construction du grand barrage d’Assouan en Égypte. C’est en 1959 que l’Unesco lancera une campagne internationale en réponse à l’appel des gouvernements égyptien et soudanais : elle aura coûté 80 millions de dollars US, la moitié provenant de dons d’une cinquantaine de pays.[24] On peut voir sur place, à la surface des temples d’Abou Simbel, les traces (discrètes) de découpes des interventions d’après 1959 ; le plus impressionnant est l’arrière de la structure, que j’ai eu la curiosité d’arpenter, où l’on perçoit la structure “artificielle” qui a été recréée pour l’occasion (visite du 29 octobre 2002 ; séjour du 26 octobre au 2 novembre). Mais les cloîtres (ou des morceaux de cloîtres) voyagent eux beaucoup aussi, surtout ceux du midi de la France au début du XXesiècle via les États-Unis ![25]

Les mouvements géologiques…

Enfin, on peut clore cette épure[26] sur des échelles totalement microscopiques et des mouvements dont seule la géologie a le secret, avec des non-humains qui transportent cette fois des non-humains (et l’exemple de la sédimentation éolienne) : « Alors que le vent ne mobilise chaque année au Sahara que 10 à 20 millions de tonnes de sable, c’est 60 à 200 millions de tonnes de poussières qu’il est susceptible d’exporter. Ces poussières sont aspirées lors de tempêtes désertiques par un mouvement cyclonique très violent et demeurent plusieurs semaines, voire plusieurs mois, en suspension dans l’air sous forme de nuages de poussières ou lithométéores. Certaines se déposent très loin de leur patrie, en Europe, dans l’Atlantique et en Amérique sous forme de “pluies rouges” ou de “neiges colorées.” C’est ainsi que le 2 mai 1947, une pluie de boue (sablon argileux mêlé d’eau), venant d’Afrique, fut observée dans l’Yonne. Sur une étendue de plus de 4000 km² [je pense ici plutôt 4000 m² !] se déposa une couche de 1/10 de mn d’épaisseur, ce qui représente plus de 1 000 000 de tonnes. De tels phénomènes n’ont pas nécessairement une origine saharienne : en 1962, le 16 avril une chute de poussières évaluée à 106 tonnes colora en rose la neige et la glace des Alpes occidentales. La composition minéralogique (quartz, mica, chlorite, kaolinite) était différente de celles des poussières sahariennes presque exclusivement quartzeuses, et sa radioactivité était 500 fois supérieure à celle des loess classiques. Elle provenait probablement d’une explosion atomique. »[27] Pline L’ancien en aurait parlé, j’en suis persuadé ! Le mouvement caractérise la pierre, moins évidemment que la fixité, la stabilité, la compacité et le silence, à première vue, mais tout autant que l’effraction du sens, une fois passée la frontière entre les collectifs humains confrontés aux collectifs non-humains (de pierres). Les sciences de la Terre[28] ont le plus souvent une vision assez dynamique des pierres, des roches, des blocs, des plaques, si bien que lorsque j’interroge une géologue à l’Université des Sciences de Montpellier au sujet du temps et de la pierre, dans le cadre de la démarche géologique, elle me répond : 

«  – La pierre c’est un objet vivant, avec le temps c’est un objet vivant. Notre échelle de temps, le passé, c’est des millions d’années, pour l’homme c’est la “seconde.” Mais pour moi, dans le temps, c’est un matériau vivant. »[29]

Les pierres vont parfois bien plus loin que certains hommes (à l’échelle de l’individu), que ce soit dans des espaces reculés ou même parfois par une transmission de génération à génération (j’avais évoqué déjà le cas de la Chine et de l’une des civilisations importantes du jade [la civilisation du Hongshan], où les pierres retrouvées par les archéologues étaient si polies, qu’ils en ont émis l’hypothèse d’une transmission très très ancienne, sur un nombre important de générations) (voir cet article sur le Jade).


[1] Jeanne Matignon, Florence Montreynaud (sous la direction de), Dictionnaire de citations…op. cit., p. 229.

[2] Mircea Eliade, Traité d’histoire des religions, Paris, Éditions Payot, coll. « Bibliothèque historique », 1989 [édition originale 1949], p. 188). (Pour un point de vue critique sur l’œuvre du dit historien, voir Daniel Dubuisson, « Troisième partie : Eliade ou le sacré » in Mythologie du vingtième siècle [Dumézil, Lévi-Strauss, Eliade], Lille [France], Presses Universitaires de Lille, coll. « Racines & Modèles », 1993, pp. 217-303).

[3] Il n’est pas question de réduire ici la question de ce motif occidental de la pétrification à l’unique source du mythe grec de Persée et Gorgô, il se nourrit sans nul doute d’autres origines (biblique par ex.). On peut en tout cas émettre l’hypothèse que certaines locutions contemporaines, d’un usage courant, font référence à des variations de sens, autour d’un motif proche : « Rester médusé » (l’allusion est ici directe), « demeurer ou rester de marbre », « avoir un cœur de pierre », par exemple (pour l’évocation de certaines de ces locutions, voir Sylvie Claval, Claude Duneton, Le bouquet des expressions imagéesEncyclopédie thématique des locutions figurées de la langue française, Paris, Éditions du Seuil, 1990, pp. 982-983).   

[4] Ce mythe est cité par Jean-Paul Bozonnet, Des monts et…op. cit., p. 33. Dans une logique similaire et dans ce même mythe de Persée (mais cette fois raconté par Jean-Pierre Vernant comme évoqué plus haut dans le Catalogue I, et après la mort de Gorgô), le récit mettra en scène cette fois Andromède, que Persée sauvera de la gueule d’un monstre marin (et qui deviendra sa femme), le mythe donnera l’explication cosmogonique de la naissance des coraux : « Persée tue le monstre et délivre ensuite Andromède. Il s’installe avec elle sur le bord du rivage et commet peut-être là une erreur. Andromède est dans tous ses états, elle essaie, bouleversée, de reprendre un peu vie et espoir sur la rive, au milieu des rochers. Pour la réconforter, pour être plus libre de mouvements, Persée dépose la tête de Méduse sur le sable de telle sorte que les yeux du monstre dépassent un petit peu de la besace. Le regard de Méduse s’étend au ras des eaux ; les algues qui flottaient souples, mobiles, vivantes, sont solidifiées, pétrifiées, transformées en coraux sanglants. Voilà pourquoi il y a dans la mer des algues minéralisées : le regard de Méduse les a changées en pierre au milieu des vagues » (Jean-Pierre Vernant, L’univers, les dieux…op. cit., p. 226). Voir mon article sur La mort dans les yeux.

[5] « Pour faire les fondements, il faut, après avoir creusé la tranchée dans le solide ou jusqu’au solide, les bâtir sur ce fond avec tout le soin possible, en leur donnant une épaisseur proportionnée à la grandeur du bâtiment que l’on veut construire » (Vitruve, De architectura…op. cit., p. 45). (Vitruve, architecte romain, Ie siècle av. J.-C.).  

[6] Laurent Domec s’intéressera par exemple, au-delà des thèmes plus classiques attribués à la sociologie, à Une herméneutique des plantes d’intérieurPour une sociologie de l’espace domestique aux XIXe et XXe siècles, Université Paul-Valéry à Montpellier III, 2001, 689 p. (Thèse de Doctorat en sociologie sous la direction du Professeur Patrick Tacussel). L. Domec a également écrit un ouvrage dans la continuité de son doctorat : La grande aventure des plantes d’intérieurHistoire et symbolisme des origines à nos jours, Paris, Éditions Alternatives, 2008, 144 p. Au sujet de cette fixité de la pierre, Jean Cocteau n’écrira-t-il pas d’ailleurs : « Pièce de circonstance. Gravez votre nom dans un arbre, qui poussera jusqu’au nadir. Un arbre vaut mieux que le marbre, car on y voit les noms grandir » ? (Jean Cocteau, Vocabulaire plain-chant et autres poèmes (1922-1946), Paris, Gallimard, coll. « Poésie », 1983, p. 35). Dans une logique similaire, j’ai interrogé le samedi 3 avril 1999 (entretien hors annexe) un sculpteur, vivant dans le village d’Octon (Hérault, Languedoc-Roussillon, France), qui me dira que « le bois vit, tandis que la pierre est inerte », il utilisera les deux matériaux (certaines de ses œuvres sont d’ailleurs [toujours ?] à l’Université Paul-Valéry, Montpellier III, en plus du portail d’entrée d’un Victor Vasarely). 

[7] C’est un peu ce que proposera le philosophe Georges Didi-Hubermann, en interrogeant l’air et la pierre, le souffle, la danse et la sculpture, se réappropriant par ex. le thymos des grecs anciens, désignant pour lui la psyché elle-même, « en tant que matière vitale en mouvement » (G. Didi-Huberman, Gestes d’air et de pierreCorps, parole, souffle, image, Paris, Les Éditions de Minuit, coll. « Paradoxe », 2005, p. 37-38). S’inscrivant contre Gaston Bachelard, il opérera une conjonction de l’air et de la pierre : « Si le souffle est matière de l’image, gardons-nous alors de n’y voir – comme l’avait fait Bachelard – qu’une propension unilatérale à l’élévation et à l’immatérialité. Non seulement l’air est une matière, un fluide physique, mais encore il appartient aux images de faire respirer l’opacité même des pierres » (ibidem, p. 60). Commentant enfin un mausolée qu’il a l’habitude de visiter au British Museum de Londres (anonyme grec d’Asie mineure, Monument des Néréides de Xanthos, 480-380 av. J.-C., en marbre), couvert de nymphes dansantes, il écrira : « Une aura qui danse, sculptée dans le marbre : geste d’air et de pierre. Pourquoi danse-t-elle dans le vent, elle-même faite de souffle ? Pour donner forme à ce qui se meut et à ce qui s’évanouit. Pourquoi est-elle sculptée dans le marbre ? Pour donner forme à ce qui se pétrifie et à ce qui demeure. (…) Constater que l’air et la pierre se rencontrent dans l’image – et particulièrement dans ce chef-d’œuvre du désir et du deuil –, c’est donc articuler la question de la matière d’image à celle du temps des morts » (idem, p. 66). On n’est finalement pas si loin d’un Anaximène (vers 586-526 av. J.-C., philosophe grec), soulignant l’essentialité de l’air et ses degrés de légèreté jusque dans le minéral (voir Lucien Jerphagnon, Histoire de la penséePhilosophies et philosophes, 1. Antiquité et Moyen Âge, Paris, Éditions Tallandier, coll. « Le Livre de Poche / Références », 1989, p. 44).

[8] J’ai déjà évoqué dans un autre article de ce blog les mouvements historiques du diamant, de l’Inde vers l’Occident, d’abord vers la civilisation romaine antique, puis jusque dans l’Europe du 18e siècle, cédant la place à d’autres axes, vers le XXIe siècle et sa démultiplication de déambulations : l’Afrique, la Russie, l’Australie et le Canada pour ses principaux lieux de production contemporains ; New York, Anvers (et Londres), Tel Aviv, Mumbaï, et de moindre importance Moscou, Tokyo, Shangaï, Hong Kong, Singapour, pour ses lieux de négoce (voir par ex. la carte proposée par Roger Brunet : « Le nouvel état de la mondialisation. Les systèmes mondiaux du diamant » [R. Brunet, Le diamant…op. cit., p. 206]). 

[9] André Leroi-Gourhan, Milieu et techniqueop. cit., p. 133. A. Leroi-Gourhan, inaugurant le chapitre sur les minéraux, écrira également cette phrase qui me semble importante : « La recherche et l’extraction d’origine minérale devrait former un des plus longs chapitres de l’histoire des techniques. Elles dominent en effet à la fois l’immense période de l’Âge de la pierre et la courte période des métaux qui, depuis quelques millénaires, forme notre propre milieu technique » (ibidem, p. 132). 

[10] Le chapitre « Les minéraux » s’étend des pages 132-139, et la question du mouvement de matière y est abordée aux pages 132-133 ; 135-136 (soit la moitié du texte).  

[11] Jean Guilaine (sous la direction de), Matériaux, productions, circulations du Néolithique à l’Âge de Bronze, Paris, Éditions Errance, coll. « Des Hespérides », 2002, 245 p. (Séminaire de la chaire « Civilisations de l’Europe au Néolithique et à l’Âge de Bronze » du Collège de France). Les trois axes du séminaire sont les suivants : (1) les matériaux ; (2) Les productions ; (3) Les réseaux de diffusion (ibidem, p. 7, « Avant-propos » par J. Guilaine). 

[12] Michèle Casanova, « Le lapis-lazuli, joyau de l’Orient ancien » in Jean Guilaine, Matériaux, productions, circulations…op. cit., p. 169 (pp. 169-190 pour l’ensemble de l’article).

[13] Idem, p. 171. Le lapis-lazuli est aussi le témoin d’une coexistence entre une domination d’une « haute valeur d’usage de type symbolique » et la naissance d’une valeur marchande appréciée en prix de marché : « Le lapis-lazuli du milieu du 3e millénaire et du début du 2e millénaire est en partie devenu porteur de valeur marchande » (idem, p. 186).  

[14] Voici la définition qu’il en propose, en tentant de circonscrire l’objet de ses recherches : « Une collection : c’est-à-dire tout ensemble d’objets naturels ou artificiels, maintenus temporairement ou définitivement hors du circuit d’activités économiques, soumis à une protection spéciale dans un lieu clos aménagé à cet effet, et exposés au regard » (K. Pomian, Collectionneurs, amateurs…op. cit., p. 18) ; viendra se surajouter cette idée d’un commerce, par le biais de la collection, entre le visible et l’invisible (ibidem, pp. 30-47 [« II. Les collections : le visible et l’invisible »]). Il évoquera l’idée d’un « réalité anthropologique des collections » à la page 13 du même ouvrage.

[15] « Pour éviter tout malentendu, soulignons d’emblée que l’opposition entre le visible et l’invisible peut se manifester de manières extrêmement variables. L’invisible, c’est ce qui est loin dans l’espace : de l’autre côté de l’horizon, mais aussi très haut ou très bas. Et c’est, de même, ce qui est très loin dans le temps : dans le passé, dans l’avenir » (idem, p. 35).

[16] Glyptique : n. f. « (du grec gluptikos, propre à graver). Art de tailler les pierres dures, fines ou précieuses, en creux (intailles) ou en relief (camées) ; ensemble de productions de cet art » (Le petit Larousse…op. cit., p. 479).  

[17] K. Pomian, Collectionneurs et musées, conférence audiovisuelle dans le cadre de l’exposition “Passions privées” au Musée d’art moderne de la ville de Paris (de décembre 1995 à mars 1996), réalisé par Arthur Elphen, Canal du savoir, Mairie de Paris / Arts et éducation / Centre Audiovisuel de Paris, diffusée sur Paris Première, vidéo VHS (57 minutes), 1996. (Référence déjà citée plus haut dans le texte).

[18] Erik Gonthier, « L’homme et le minéral », art. cit., p. 1430.

[19] Christiane Klapisch-Zuber, Les maîtres du marbre…op. cit., pp. 181-242 (« Troisième partie : les voies du commerce »).

[20] Geneviève Marotel, Carrare : lieu et monde…op. cit., 368 p. (Thèse en sociologie). Son itinéraire de recherche sera résumé en conclusion de la thèse : « Comment, par quels apports successifs, par quelles dynamiques territoriales, le dispositif carrarais en tant que société locale, en tant qu’ensemble articulé de cultures techniques, de ressources et de structures productives, s’est-il historiquement construit jusqu’à devenir le cœur actif d’un système productif et commercial d’échelle mondiale ? Quelles sont les modalités de constitution et de reproduction d’une identité collective carraraise ? Quels sont les supports, les vecteurs pratiques ou symboliques de l’expression du Nous, en référence à l’Autre ? Quelles formes singulières et significatives du changement social et économique, exprimées par des situations de quotidienneté, peut-on identifier au sein de la société locale carraraise ? » (ibidem, p. 361). Son terrain se déroulera de 1990 à 1994.  

[21] Roche ornementale : « Une roche ornementale est (…) définie comme toute roche laissée apparente au cours de son emploi, en vue de tirer parti de ses qualités esthétiques. L’aspect de la surface, que la roche soit polie, brute de taille ou ayant subi un traitement de surface quelconque, est en effet de première importance pour l’architecte et l’utilisateur ; mais en outre la roche doit posséder des caractéristiques physiques et chimiques, notamment la solidité, la dureté, et la résistance à l’altération, adaptées à l’emploi envisagée (…). Le terme de “roche dimensionnelle” (traduction de dimension stone) qui caractérise les roches découpées à des dimensions géométriques déterminées, nous paraît trop restrictif car il exclut les applications artistiques comme la sculpture » (Raymond Perrier, Les roches ornementalesop. cit., p. 9). (Voir pour plus d’informations l’annexe -C-, le glossaire, volume II).   

[22] Ibidem, p. 17. J’ai eu la chance de pouvoir parcourir deux ports d’embarquements importants des pierres ornementales dans le monde : le 29 juillet 2006 à Durban (séjour du 21-31 juillet, Afrique du Sud), “au pas de course”, je dois le reconnaître, vu la dangerosité des lieux ! Et Marina di Carrara (à deux pas de Carrare sur la côte) le 22 octobre 2006, sans aucun mouvement de blocs apparent, j’y suis allé un dimanche ! Sur Durban et Carrare comme lieux privilégiés d’embarquements des roches ornementales dans le monde, voir une nouvelle fois le livre de Raymond Perrier (idem, p. 19).

[23] Attention, ces ensembles de chiffres ne sont donnés qu’à titre indicatif, ils sont à prendre avec beaucoup de précautions – les classifications de la pierre ne sont jamais totalement claires (voir la fin du catalogue IV à ce sujet !) – et ce, pour plusieurs raisons : (1) La plupart des pays ne fournissent pas vraiment de statistiques des productions de pierres ; (2) les statistiques imports-exports ne sont que difficilement comparables entre pays (nomenclatures différentes, évaluations en valeur et en poids parfois divergentes, etc.) ; (3) Il existe des ventes non déclarées, des fraudes fiscales… (idem, p. 17 pour le tableau ; idem, p. 16 pour les informations sur le manque de fiabilité des chiffres usités). On peut se reporter aussi utilement à l’article de Claude Gargi, « Le poids de la filière pierre dans l’économie européenne : la valeur des échanges » in Pierre (La) : du terroir à la mondialisationEt demain quelle Europe pour la pierre ?, Les Compagnons du Devoir, Paris, Librairie du Compagnonnage, 2004, 199 p. (Journées d’étude des “9es rencontres de la pierre de Rodez” organisées par l’Institut Supérieur de Recherche et de Formation aux Métiers de la Pierre, les 26 et 27 novembre 2004, à la Chambre de Commerce et d’Industrie de Rodez-Aveyron, Rodez [France]), pp. 34-47, avec des chiffres tout aussi “indicateurs”, et plus récents (2003), avec les mêmes sources (Montani) !   

[24] Voir Dominique Audrerie, Raphaël Souchier, Luc Vilar, Le patrimoine mondial, Paris, Presses Universitaires de France, coll. « Que sais-je ? », 1998, p. 8. Mais aussi par ex. un livre pour enfant (pour les 8-10 ans ?), qui l’évoque aussi largement : « Oui, les monuments voyagent ! Sur rail ou sur radeau, en Nubie, de nombreux temples ont été sauvés des eaux ! La campagne internationale des monuments et des sites de Nubie, lancée en 1959 par l’Unesco, a duré vingt ans. Que s’est-il passé ? »… (Christine Desmoulin, Regards sur le patrimoineArt, histoire, technique, Paris, Éditions du Sorbier / Éditions UNESCO, coll. « Regards sur », 1997, pp. 66-67 [« Une campagne de sauvetage internationale à la loupe : la Nubie »]).

[25] Se reporter à l’article de Eda Diskant, conservateur au Philadelphia Museum of Art : E. Diskan, « Le transfert des cloîtres » in François Furet (sous la direction de), Actes des entretiens du patrimoine : patrimoine, temps, espace. Patrimoine en place, patrimoine déplacé, Paris, Librairie Arthème Fayard / Caisse nationale des monuments historiques et des sites / Éditions du Patrimoine, 1997, pp. 245-250 (Entretiens du Patrimoine, Théâtre national de Chaillot, Paris, 22-24 janvier 1996). Ce dernier oubliera un peu vite d’autres sites, comme le cloître de Saint-Guilhem-le-Désert (Hérault, Languedoc-Roussillon, France) expédié lui aussi aux États-Unis (voir La restauration du patrimoine bâti, Les Compagnons Tailleurs de Pierre du Devoir, l’Association ouvrière des Compagnons du Devoir du Tour de France, Paris, 2004, p. 3). Pour d’autres exemples de monuments déplacés (à Chicago au XIXe siècle, ou à la même période à Saintes [l’arc de triomphe] et l’hôtel Massa à Paris en 1930, etc.) se reporter utilement à l’ouvrage de Jean Jenger, Architecture. Un art nécessaire, préface de Paul Chemetov, Paris, Centre des monuments nationaux / Monum / Éditions du patrimoine, 2006, p. 82.

[26] Ce paragraphe ne se constitue en effet que comme tel, et mériterait une approche plus systématique et plus rigoureuse encore, ayant bien conscience de ne tracer ici que quelques perspectives à approfondir. 

[27] Yves Lagabrielle, Charles Pomerol, Maurice Renard, Éléments de géologie, Paris, Dunod, coll. « Masson Sciences », 2002 (édition originale 1965), p. 431. Ce manuel fait partie de la bibliographie fondamentale de l’étudiant en Licence I des Sciences de la Terre et de l’Eau (STE), à l’Université des Sciences de Montpellier II.   

[28] Sciences de la Terre : « La physique et la chimie traitent de phénomènes généraux, que l’on peut étudier en les reproduisant, en principe, n’importe où et n’importe quand. La désintégration de l’uranium se produit identiquement sur la Terre ou sur Mars, et se produira, dans un milliard d’années, de la même façon qu’elle se produisait il y a un milliard d’années (…). Les sciences du vivant étudient des caractéristiques permanentes, et même s’il n’existe pas deux mouches drosophiles strictement identiques, elles sont quand même suffisamment semblables pour que l’on puisse tirer de leur étude des résultats reproductibles. Il en va tout autrement en ce qui concerne les sciences de la Terre. Tout d’abord, il n’y a qu’une seule Terre, et même si la planétologie comparée peut apporter des renseignements intéressants, ceux-ci ont le même genre d’intérêt que les informations sur la langue chinoise que l’on pourrait tirer de l’étude comparée des autres langues asiatiques : cela ne remplace pas la connaissance du chinois ! Ensuite, la Terre est un système en évolution qui n’a pas toujours existé : les sciences de la Terre sont donc historiques, par nécessité, ou, à tout le moins, elles doivent tenir compte de l’évolution de leur objet d’étude. Enfin, la Terre est constituée d’enveloppes solides et fluides en perpétuelle interaction, qui échangent de l’énergie et du moment cinétique. Il en résulte qu’aucune des sciences de la Terre n’est indépendante des autres. En toute rigueur, on pourrait dire qu’il n’y a qu’une science de la Terre, composée de nombreuses disciplines et sous-disciplines. Il serait futile et fastidieux de donner la liste de toutes les disciplines et sous-disciplines des sciences de la Terre (on courrait de plus le risque d’en oublier, ce qui ne manquerait pas de fâcher les praticiens des disciplines omises !). Tentons néanmoins d’en indiquer les principales (…) » (Nayla Farouki, Michel Serres [sous la direction de], Le Trésor. Dictionnaires des sciences, Paris, Flammarion, 1997, p. 869). L’article évoquera la géologie, géochimie, pétrologie, métallogénie, pédologie, la paléontologie ; puis les sciences géophysiques : la géodésie (sciences de la mesure de la Terre), la géophysique interne, la sismologie, le géomagnétisme, la volcanologie, etc. (ibidem, pp. 869-870).   

[29] Entretien avec une géologue de l’équipe Pierre et monuments à l’Université des sciences / Montpellier II, rencontre du mercredi 21 novembre 2006, Montpellier (Hérault, Languedoc-Roussillon, France). 

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