Pierres de Rêves : le blog d'Emmanuel GLEYZE

« Reste à étudier la nature des pierres, domaine où se manifeste le mieux la folie des mœurs humaines... » Pline L'Ancien, Histoire naturelle.

« La pierre est un front où gémissent les songes » F. G. Lorca. La pierre rêvée…

Montagne sacrée Bouddhiste, Chine, Province du Guizhou, Mont Fanjing, réserve naturelle

De Léonard à Victor !

Léonard de Vinci écrit : « Je ne saurais manquer de mentionner parmi ces préceptes un nouveau mode de spéculation, qui peut sembler mesquin et même ridicule, mais n’est pourtant pas sans efficacité pour exciter l’esprit à diverses inventions. Le voici : si tu regardes des murs souillés de taches, ou faits de pierres multicolores, avec l’idée d’imaginer quelque scène, tu y trouveras l’analogie de paysages au décor de montagnes (…), vallées et collines de toute sorte. Tu pourras y voir aussi des batailles et des figures aux gestes vifs et d’étranges visages et costumes et une infinité de choses, que tu pourras ramener à une forme nette et compléter. Et il en va de ces murs et couleurs comme du son des cloches ; dans leurs battements tu trouveras tous les sons ou mots que tu voudras imaginer » (Traité de peinture, 2003). Voilà précisément annoncé le programme de notre billet : la pierre sert de support à l’imagination humaine, les collectifs humains imaginent des formes à partir de ses rugosités, ses couleurs, ses traces, ses effets de relief ou de masse depuis très très longtemps, la pierre est alors rêvée…

Victor Hugo évoquera le grès avec, me semble-t-il, une même intention, à partir de notes prises dans sa traversée du Sud-Ouest en juillet 1843 : « Le grès est la pierre la plus amusante et la plus étrangement pétrie qu’il y ait. Il est parmi les rochers ce que l’orme est parmi les arbres. Pas d’apparence qu’il ne prenne, pas de caprice qu’il n’ait, pas de rêves qu’il ne réalise ; il a toutes les figures, il fait toutes les grimaces. Il semble animé d’une âme multiple. Pardonnez-moi ce mot à propos de cette chose. Dans le grand drame du paysage, le grès joue le rôle fantasque ; quelquefois grand et sévère, quelquefois bouffon ; il se penche comme un lutteur, il se pelotonne comme un clown ; il est éponge, pudding, tente, cabane, souche d’arbre ; il apparaît dans un champ parmi l’herbe à fleur du sol par petites bosses fauves et floconneuses et il imite un troupeau de moutons endormis ; il a des visages qui rient, des yeux qui regardent, des mâchoires qui semblent mordre et brouter la fougère ; il saisit les broussailles comme un poing de géant qui sort de terre brusquement. L’Antiquité, qui aimait les allégories complètes, aurait dû faire en grès la statue de Protée » (Alpes et Pyrénées).

Une pratique de plus de 32 000 ans…

Grotte ornée

Je pense avec prudence que l’on peut trouver trace d’un type de comportement similaire face à la pierre, à la période de l’Aurignacien (entre – 32 000 et – 29 000 av. J.-C.), précisément dans la grotte Chauvet-Pont-d’Arc (Ardèche, France). C’est une grotte ornée paléolithique qui se développe sur cinq cent mètres. Plus spécifiquement encore, dans la “salle Brunel” : « La salle Brunel, d’environ 1200 m², est compartimentée par un chaos de formations stalagmitiques. Des pans entiers de paroi sont inornés ; les œuvres dominées par les points-mains sont plutôt dispersées dans des recoins. Trois d’entre eux abritent des mammouths. »[1] Et ce sont justement ces mammouths qui attirent toute mon attention… surtout le mammouth 2 : « Ce mammouth (fig. 5 et fig. 6) [on peut le voir en photos, ibidem, pp. 14-15] est à 2,30 m au-dessus du sol calcité : il a fallu escalader et travailler en équilibre précaire » (idem, p. 14).

Puis l’on passe à la description de l’animal lui-même : « Le profil droit rouge est partiel (25 X 25 cm). L’amorce du dos presque rectiligne et large (…). La tête proéminente en dôme aplati a une orbite saillante très colorée. La trompe raide et pendante suit une draperie et se termine en pointe. Le tracé du ventre, rectiligne, porte des rayures résiduelles du frottement du colorant ; l’extrémité du membre antérieur est ouverte. Enfin, des festons de draperie matérialisent l’arrière-train » (idem). Ce sont ces deux phrases descriptives qui attirent toute mon attention : « La trompe raide et pendante suit une draperie et se termine en pointe », et « enfin, des festons de draperie matérialisent l’arrière-train. »

Dans les deux cas, on est dans l’utilisation d’une forme “naturelle” de la cavité (« l’arrière-train est naturellement évoqué par la concrétion », indique le commentaire de l’illustration de la figure 5, idem), dans le but de souligner, de mettre en relief un mammouth. Jean Clottes semble aller dans ce sens dans un article de vulgarisation.[2]Une forme repérée dans la pierre engendre son utilisation, son prolongement (avec ou sans pigment rouge), qui évoque l’animal. Ça semble être un choix délibéré et voulu. Comme chez Léonard de Vinci ou Victor Hugo, la pierre, ses formes, son relief, sa masse, ses rugosités font rêver. On passe ici de la pierre de rêve chinoise – que j’évoque dans l’origine de ce blog, au sujet de cette exposition de pierres de lettrés chinois, dans le quartier du Marais à Paris –, à une pierre de rêve[3]… C’est-à-dire à une pierre qui suscite un ou des imaginaires.

Voyage en Chine (1995)…

Voyage en Chine, 1996, photo Emmanuel Gleyze.

Et les exemples sont pléthore, par exemple lorsqu’en octobre 1995 je traverse le parc Wulingyun, accompagné pendant trois jours par une guide chinoise.[4]Plusieurs rochers aux formes édifiantes sont clairement désignés comme des dragons ou d’autres créatures plus merveilleuses encore. (Je ne parle pas un traître mot de chinois, mais le compagnon de route qui avait fait le voyage avec moi, étudiant en ethnologie et en chinois, lui oui !). Le rocher évoque ici encore, accompagne et provoque l’imagination de celui qui le nomme, mais aussi de celui à qui l’on indique son nom et le lieu. (D’autres rochers auront des noms plus poétiques encore, comme la “baie céleste” par exemple, dans ce même parc…).

L’exemple de la visite des grottes contemporaines

J’ai pu observer ce même phénomène dans la visite touristique de grottes (non pas ornées cette fois) dans le nord du département du Gard (en 2003), dans lesquelles certaines concrétions ressemblent et sont nommées par les guides touristiques à partir de leur correspondance à un bestiaire, ou à des personnages spécifiques, en voici un court compte-rendu à partir de mon journal d’enquête :

« Journée du vendredi 15 août 2003 : 

Visite de la grotte de la Cocalière dans le nord du Gard : je suis dans un groupe de 12 personnes et j’ai juste réussi à prendre la dernière visite, celle de 17h45. La première salle est à 45 mètres en dessous de la surface. Nous sommes en plein cœur de la roche calcaire. Il y a beaucoup d’éléments qui provoquent l’imagination et que notre guide nous montre systématiquement, la lumière permettant aussi un relief des roches. L’une des premières est plus que significative : elle s’intitule “Aux bonheurs des dames”, c’est une stalagmite ! [En forme de phallus dressé. Stalagmite : “mite” = monte, stalactite : “tite” = tombe, mnémotechnique du spéléologue !] Mais il y a aussi une concrétion que l’on appelle “La statue de la liberté”, une autre “Les trois rois mages”, “L’Iroquois”, “Le berger et son mouton”, suit tout un bestiaire : “Le morse”, “Le moufle”, “Le chameau”, “L’hippocampe”, et même “Un dragon baveur” de 13 millions d’années et une “Maison schtroumpf” ! (C’est un bestiaire de notre temps et une parfaite illustration de la pierre rêvée, que je ne pensais pouvoir trouver que dans des périodes plus anciennes). L’histoire de la grotte est systématiquement évoquée, et le guide en parle comme un “monument”[et non comme une grotte], avec l’historique de la découverte, le début de l’ouverture aux publics en 1967, les dix années pour mettre en place le parcours, etc. (…). La visite dure 55 minutes. »

Extrait de mon journal d’enquête, écrit en soirée à partir de notes prises durant la visite, comme j’ai pu.[5]

Les collectionneurs…

On peut évoquer aussi les sémiophores dont parlent Krzysztof Pomian, qui forment des collections d’objets hétéroclites, coquillages particuliers, pierres aux formes étranges ou zoomorphes, ou objets provenant de “l’invisible” comme les météores, et ce très tôt dans l’histoire ou la préhistoire de l’humanité.[6]

Yves le Fur le soulignera à son tour : « La collection néanderthalienne d’Arcy-sur-Cure, datant du Moustérien (- 50 000 ans environ) est significative. André Leroi-Gourhan mit en effet à jour : « une série d’objets de curiosité, ramassés par les habitants de la grotte de l’Hyène (Arcy-sur-Cure, Yonne, France) au cours de leurs déplacements. Ce sont une grosse coquille spiralée d’un mollusque de l’ère secondaire, un polypier [squelette calcaire sécrété par les polypes] en boule de la même époque, des blocs de pyrite de fer de forme bizarre.” »[7]Ces objets semblent avoir été sélectionnés et regroupés pour leur caractère insolite : « Ils ne représentent rien [en tout cas à première vue, pour nous] mais présentent la mise à nu de leur organisation, le reflet énigmatique d’une intention, le reflet d’une pensée incernable » (ibidem, p. 26), comme l’explique Le Fur. La matière porte à rêveries, mais elle est aussi sélectionnée comme telle.[8]On l’imagine même jusque dans les nuages, et inversement on imagine des nuages dans des pierres,[9]comme l’explique Gaston Bachelard en parcourant sa philosophie de l’image littéraire.[10] 

Les rêveries d’un tailleur de pierre

Une de ces variantes peut être aussi une rêverie flottante dans l’activité même de la taille de la pierre, comme lorsque j’interroge un tailleur de pierre lors d’un symposium, et qu’il me dit alors, après quelques minutes d’échanges :

« Un tailleur de pierre – Quand que je me trouve dans mon atelier et que je suis tout seul, ben à nouveau j’arrive à me retrouver sur mon caillou, sur mon travail, euh… avec une dimension de rêverie, parce que c’est tellement un automatisme, que je veux dire, faire une pierre, ça prend plusieurs heures, et qu’il suffit d’enlever plusieurs petits morceaux de pierre, et ben ça permet de rêvasser en même temps.

Moi – C’est quoi les rêvasseries d’un tailleur de pierre ?

Le tailleur de pierre – Bon, dans la mesure où on peut pas à la fois tailler une pierre et avoir une pensée construite, je trouve que c’est déréglé, c’est tout ce qui se passe à travers ta tête, et voilà… c’est l’esprit qui… C’est comme la marche en fait, la marche ça ouvre, ça permet à l’esprit de faire certaines choses, sans contraintes, de l’esprit j’entends. La taille de pierre ça peut être pareil, on est tranquille dans son travail, euh… on est plus disposé à la rêverie, donc on est attentif à ce qui se passe, ça peut être un truc extérieur, ça peut être un truc qui surgit comme ça, on sait pas pourquoi, enfin voilà quoi. »[11]

Anthropologie des rêveries sur la pierre

On peut penser aussi à ces jardins zens qu’un moine entretient journellement tout en méditant activement, ou en position assise, en “faisant zazen.”[12]On pourrait multiplier les exemples, non pas à partir de ces dernier cas (celui de ce tailleur de pierre et du moine zen) qui restent relativement isolés, mais à partir de ceux évoqués plus haut jusqu’à Léonard de Vinci.[13]Anne-Marie Minvielle évoquera ces “pierres-images” dont avaient parlé avant elle « Pline (Iesiècle), Aldrovandi, botaniste italien (XVIesiècle), Kircher, jésuite allemand, et Gaffarel, bibliothécaire du Cardinal de Richelieu (XVIIesiècle), plus proches, Caillois et Baltrusaitis, [qui] ont longuement décrit ces pierres à images. »[14]Elle écrira plus loin : « Et la pierre de rêve se trouve en Afrique, en Angleterre, en Égypte, à Madagascar… et en France [avec un renvoi en bas de page qui indique la galerie C. Boulle, 28, rue Jacob, 75006, Paris]. Dans l’univers des marbres, des grès, des jaspes, des calcédoines et des silex, pas une seule pierre ne présente le même dessin… » (ibidem).

Conclusion

La pierre provoque l’imaginaire humain, que ce soit en tant que support (avec ses couleurs, ses formes, ses rugosités,[15]sa masse, etc.), ou en tant qu’elle est elle-même projetée dans d’autres supports (des rochers perçus dans des nuages par exemple). La pierre rêvée participe de l’imaginaire de la pierre et des liens entre l’homme et la pierre. Le poète Frederico Garcia Lorca avait bien raison d’écrire que « La pierre est un front où gémissent les songes » (Présences du corps).


[1]Bernard Gély, Marc Azéma, Les mammouths de la grotte Chauvet, Paris, Éditions du seuil, coll. « Arts rupestres / Les cahiers de la grotte Chauvet », 2005, p. 12.   

[2]Jean Clottes, « Aux origines de l’art : la grotte Chauvet », National Geographic France, n° 23 / Volume 52 (La grotte Chauvet), août 2001, pp. 2-19. Il écrit : « D’autres fresques, plus petites, attirent l’attention : près de l’entrée de la grotte, du pigment rouge d’oxyde de fer souligne un front proéminent et une trompe pendante (…), donnant à une formation de calcite suintante un aspect de mammouth miniature » (ibidem, p. 10). Ce type de comportement face à la pierre semble se situer (à mon sens), dans une variante de la peinture rupestre, dans un rapport sans doute lointain avec le pétroglyphe.  

[3]Cette notion me vient de mon mémoire de Maîtrise (Master 1), reprise dans mon DEA (Master 2) : Emmanuel Gleyze, Pierres de rêves. ; et E. Gleyze, Homo sapiens mineralis, pp. 41-45.

[4]Le parc s’étend sur plus de 26 000 ha au cœur de la province du Hunan (Chine). Le site est dominé par des milliers de pics et de piliers (en quartzite et en grès), avec certains s’élevant à plus de 400 m de hauteur. Il y a quelques magnifiques ponts naturels, et de nombreuses grottes, ainsi que des marches en n’en plus finir, taillées à même le roc. L’UNESCO (United Nations Educational Scientific and Cultural Organization) a classé ce site comme site naturel inscrit sur la liste du Patrimoine mondial de l’humanité, le 14 décembre 1992. (Mon voyage s’est déroulé pendant un mois et demi, de fin septembre 1995 à début novembre).  

[5]La grotte de la Cocalière se trouve sur la commune de Saint-Ambroix (Gard, Languedoc-Roussillon, à la limite du Gard et de l’Ardèche). Il y a aussi, en ce même lieu, beaucoup de cristaux de calcite qui scintillent par réflexion à la lumière des projecteurs mis en place sur le parcours, et qui en font en terme publicitaire : La grotte aux diamants ; par ex. avec un dôme aux diamants particulièrement scintillant : une pierre rêvée à partir d’une pierre réfléchie. J’ai pu visiter ce même jour les grottes de Trabuc (à côté d’Anduze, Gard), avec un groupe de 38 personnes et les mêmes constatations : une “Salle aux 100 000 soldats” (elle est couverte d’une “armée” de concrétions), une vasque avec sa “Muraille de Chine et ses envahisseurs mongols”, “Le grand papillon”, “La robe de soirée”, etc. Enfin, quelques jours auparavant, j’ai pu visité sur la commune de Sauve (au début des Cévennes gardoises), en pleine garrigue, tout un paysage de roches déchirées sur plusieurs hectares, La mer de rochersqui – comme le prétend le Guide du routard– est « un surprenant chaos rocheux qui ressemble bien à une mer démontée figée dans la pierre pour l’éternité » (Le guide du routard Languedoc-Roussillon 2003-2004, Paris, Hachette Livre, coll. « Hachette tourisme », 2003, p. 475). Il ne s’agit pas ici simplement d’un effet littéraire ou touristique du Guide, plusieurs “autochtones” m’ont déjà tenu (par le passé) ce type de discours, au sujet du même site.     

[6]Krzysztof Pomian, Collectionneurs, amateurs et curieuxParis, Venise : XVIe-XVIIIesiècle, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque des histoires », 1987, pp. 12-13 ; 40-42. Voir aussi : K. Pomian, Collectionneurs et musées, conférence audiovisuelle dans le cadre de l’exposition “Passions privées” au Musée d’art moderne de la ville de Paris (de décembre 1995 à mars 1996), réalisé par Arthur Elphen, Canal du savoir, Mairie de Paris / Arts et éducation / Centre Audiovisuel de Paris, diffusée sur Paris Première, vidéo VHS (57 minutes), 1996. (Consultable à la bibliothèque du Centre universitaire de Nîmes). 

[7]Yves Le Fur, Résonancesop. cit., p. 23. (Il cite un passage du livre de André Leroi-Gourhan, Préhistoire de l’art occidental, Paris, Mazenod, 1971, p. 35).  

[8]Le sculpteur anglais Henri Moore (1898-1986) n’écrira-t-il pas : « Il m’est arrivé de me rendre plusieurs années consécutives en un même point du littoral, mais chaque année, mon attention se trouvait attirée par une nouvelle forme de galet que l’année précédente je n’avais absolument pas remarquée, bien qu’elle existât à des centaines d’exemplaires. Parmi les millions de galets que je rencontrais en me promenant au bord du rivage, je n’acceptais de me laisser troubler que par ceux qui correspondaient à mon intérêt formel du moment (…). Il est des formes universelles auxquelles chacun est inconsciemment soumis et auxquelles on répond si le contrôle conscient ne vient pas tout briser » ? (H. Moore, Notes sur la sculpture, traduction de l’anglais par J. S. Lavergne, Paris, L’Échoppe, 1990, p. 19). Henri Moore verra cinq qualités fondamentales dans l’art sculptural, l’une d’entre elles est l’observation des objets naturels (la fidélité au matériau, la vision et l’expression, la vitalité, la puissance sont les autres), ibidem, p. 7. Il sculptera par ex. l’air, en perçant les pierres, leur donnant une troisième dimension, selon le principe des arches naturelles (idem, p. 21).   

[9]« Bien souvent, le rêveur de nuages voit dans le ciel nuageux des rochers assemblés. Voici la réciproque. Voici la vie imaginaire échangée. Un grand songeur voit le ciel sur la terre, un ciel livide, un ciel écroulé. L’amas des roches a toutes les menaces d’un ciel d’orage. Dans le monde le plus stable, le rêveur se demande alors : que va-t-il arriver ? » (Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté…, p. 184). 

[10]Ibidem, p. 2. On trouve déjà trace d’un telle intention dans sa Psychanalyse du feu : « Il ne serait pas difficile de refaire pour l’eau, l’air, la terre, le sel, le vin, le sang ce que nous avons ébauché ici pour le feu » (G. Bachelard, La psychanalyse du feu, Paris, Gallimard, coll. « Folio », 1992 (édition originale 1949), p. 17. Gilbert Durand s’occupera de la neige (G. Durand, « Psychanalyse de la neige » (1953) in Champs de l’imaginaire, Grenoble (France), ELLUG / Université Stendhal, coll. « Ateliers de l’imaginaire », 1996, pp. 9-33) ; et moi… des arbres ! Emmanuel Gleyze, « Les images de l’arbre et de la forêt à partir de cent trente poèmes. Première partie : anthropomorphismes et arbormorphismes », Brèves de BourgogneJournal interne de l’Office National des Forêts de la Région Bourgogne, n° 25, février 2001, p. 3. Et aussi, E. Gleyze, « Les images de l’arbre et de la forêt à partir de cent trente poèmes. Seconde partie : obscurités », Brèves de BourgogneJournal interne de l’Office National des Forêts de la Région Bourgogne, n° 26, avril 2001, p. 3.  

11]Entretien non formel avec un tailleur de pierre, lors du symposium“Les rencontres de la pierre” à Junas (Gard, France), pour le vingtième anniversaire de ces rencontres, le dimanche 7 juillet 2007. Les rencontres se déroulent sur quatre jours (du 5 au 8), avec 300 tailleurs de pierre et sculpteurs sur pierre de différentes nationalités (France, Allemagne, Angleterre, Autriche, Hongrie, Canada), des Compagnons, qui travaillent la pierre en démonstration et concours. De l’artisanat, des ateliers d’initiations, des expositions, des concerts…   

[12]Je pense aussi à Roland Barthes qui écrira « Jardin zen : “Nulle fleur, nul pas : où est l’homme ? Dans le transport des rochers, dans la trace du râteau, dans le travail de l’écriture” », accolé à une photo (de Fukui Asahido) du Jardin du Temple Tofuku-ji, à Kyoto, fondé en 1236 (Roland Barthes, L’empire des signesop. cit., pp. 106-107). “Accolé” puisque pour Barthes, « le texte ne “commente” pas les images. Les images n’“illustrent” pas le texte : chacune a été pour moi le départ d’une sorte de vacillement visuel (…) » (ibidem, p. 9). 

[13]Le livre de l’historien de l’art Yves Le Fur est truffé d’exemples (Y. Le Fur, Résonancesop. cit.). Il en est de même avec l’ouvrage de Martine Braun-Stanesco, Émergences-effacementsErrances du regard sur les pierres, Paris, L’Harmattan, coll. « Esthétiques / Série “Ars”, 2007, 299 p. Elle porte un regard esthétique sur la pierre à partir de ce problème : « De quel œil laisse-t-on errer son regard sur les pierres ? » (Ibidem, p. 7). Et comme elle l’indique plus loin dans le texte : « La présente étude a sa source dans un étonnement partagé par les enfants et les poètes : celui que provoquent, à l’orée du rêve, des figures incertaines qui retiennent le regard ou le font basculer. Qui n’a vu surgir de murs décrépis ou lézardés, de taches sur les pierres, de nuages ou d’“écrits nébuleux des brouillards” [Hermann Hesse, Le loup des steppes] un visage humain, puis un autre ou un animal ? La nature ou le hasard seraient-ils les derniers peintres ? (…) À l’origine de cette étude se trouve donc une expérience largement partagée : il s’agit de ce basculement du regard qui, dépassant la banalité des murs accidentés, s’émerveille des configurations perçues dans leur embrouillamini et va se perdre dans une rêverie de la matière. “Laisser glisser l’objet dans le fond et faire émergerun autre objet – ou un autre aspect du même objet – de l’arrière-plan” [Paul Ricœur, Philosophie de la volonté] : le phénomène a intéressé Paul Ricœur. L’arrière-plan peut devenir premier plan. Il est offert à l’attention “ce mouvement même du regard qui, en se déplaçant, change le mode d’apparaître des objets et de leurs aspects” » (idem, p. 10).  

[14]Anne-Marie Minvielle, « De la célébration des pierres-images », Lithiques.Du minéral au mental, n° 5 (Traces, signes, empreintes), 1988, pp. 36. 

[15]La rêverie peut tout à fait être tactile, et être provoquée par le toucher, ce qui évacue à mon sens une vue sous le seul angle de la forme et du contenu, propre à une certaine philosophie. « Ô mon rocher, ressaut d’ultime désir rongé d’impatience, toi qui me possèdes quel est ton nom ? Tu me prêtes ton flanc l’espace d’une montée, mais ton âme ? Tu habites mes membres et mes ailes, je te respire et te tâte, je te pince et te griffe, je te sens et te lèche, tu me mords, je te caresse et te pénètre mais ton cœur ? Je peux épeler tes couloirs et tes arêtes, tes faces et tes fentes, tes vires chaudes, l’insistance de tes éperons, mais ton nom ? (…) Tu es corps sacré, mon absolue présence, Ariane », écrit Jacques Flamand, un varappeur et alpiniste canadien, mais aussi théologien et poète. Ce varappeur évoque son rocher, le Grand surplomb, au Canada. Pierre érotique, mais à partir d’une pratique continuelle, un corps à corps qui porte à rêveries… (J. Flamand, L’étreinte de la pierre, Ottawa, Les Éditions du Vermillon, coll. « Visages n° 6 », 1997, pp. 33-35). Jean-Paul Bozonnet consacrera d’ailleurs un paragraphe de son livre au sujet d’« Eros chez les montagnards », à partir de mots d’écrivains (J.-P. Bozonnet, Des monts et des…op. cit., pp. 63-65). Voir mon article sur la pierre érotique.



[1] Pour l’ouvrage en début d’article : Léonard de Vinci, Traité de peinture, Paris, Textes traduits et commentés par André Chastel, Calmann-Lévy, 2003 (édition originale 1987), pp. 216-217. Léonard de Vinci semble réfléchir à un projet d’un traité de peinture dès 1490, et prendra des notes sur ce sujet jusqu’à sa mort.

3840cookie-check« La pierre est un front où gémissent les songes » F. G. Lorca. La pierre rêvée…

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4 Commentaires

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